Le traitement des pauses respiratoires nocturnes retarde sensiblement les premières manifestations du déclin cognitif.

Les méfaits connus de l’apnée du sommeil sur la santé sont multiples: risque accru de troubles cardiaques, de diabète, d’hypertension artérielle, d’obésité… Cette pathologie, qui se caractérise par des pauses respiratoires fréquentes dans la nuit et détériore fortement la qualité du sommeil alors que l’individu a l’impression de bien dormir, accélérerait également les manifestations de la maladie d’Alzheimer, selon une étude américaine parue dans la revue spécialisée Neurology.

Parmi les individus présentant un déclin cognitif modéré ou une maladie d’Alzheimer, une apnée obstructive du sommeil non soignée avançait de 13 ans l’apparition des premiers signes de perte de mémoire (à 77 ans au lieu de 90). Mais lorsque cette pathologie était prise en charge en équipant le patient d’un masque à pression positive la nuit, cet effet délétère disparaissait, les ramenant au niveau des individus sans troubles du sommeil. Ces conclusions ont été obtenues par l’équipe du Dr Ricardo Osorio, de l’école de médecine de New York, en recoupant les dossiers médicaux de 2 470 personnes âgées de 55 à 90 ans participant à une étude sur la maladie d’Alzheimer. L’auteur met en garde contre un raccourci qui consisterait à faire de l’apnée du sommeil une cause d’Alzheimer. « Nous avons simplement établi une corrélation », insiste-t-il. En revanche, c’est la première fois que l’effet bénéfique d’un traitement de l’apnée du sommeil sur l’apparition des symptômes de la maladie d’Alzheimer est mis en évidence. Pour le Pr Bruno Dubois, chef du service des maladies cognitives et comportementales à La Pitié-Salpêtrière à Paris, « cette étude confirme la relation entre la qualité du sommeil et les performances cognitives, notamment de la mémoire. Cela doit inciter les gens à se préoccuper de la qualité de leur sommeil. »

L’enjeu est de taille car l’apnée du sommeil toucherait, chez les personnes âgées, un homme sur deux et une femme sur quatre. Beaucoup n’en sont toutefois pas conscients. Un fort ronflement, l’arrêt répété de la respiration pendant la nuit et une forte sensation de fatigue au réveil doivent inciter à consulter. Une des difficultés reste que le traitement le plus efficace, le masque à pression positive continue, est peu confortable et par conséquent pas toujours bien suivi.